Et si je ne les retrouve pas...

 

    Ce matin, comme tous les matins, je sors avec ma chienne, ferme la porte de chez moi et glisse la clé dans le mousqueton de la laisse, comme d'habitude. Depuis un bon moment, je ne fermais plus la porte après avoir perdu les clés sur le puy. Flair ou chance, je les avais retrouvées juste à l'endroit ou Lilou s'était arrêtée. Et puis on m'avait dit « Tu es folle ou quoi de partir la porte ouverte ? » et j'avais de nouveau fermé à clé.

 

 

    Vers le haut du chemin, juste avant le virage qui amène à la Croix du Regardant, Lilou se met à l'arrêt : c'est Noisette, la vieille chienne des deux mamies blues qui pointe son nez. Acariâtre elle est devenue, Noisette, dure à la dent. Alors j'attache Lilou et tiens ma droite pendant que nous nous croisons en tenant nos bêtes.

 

   Là-haut, au point de vue, une table et deux bancs attachés tout ensemble nous invitent à faire une pause. C'est toujours là que je monte debout sur la table tandis que Lilou se roule dans la rosée. Elle est heureuse, ça se voit !

      Et puis ma foi, il faut bien redescendre. J'ai rendez-vous chez le kiné à 9 heures et il est bien moins le quart déjà. Je n'ai pas l'intention d'arriver en retard vu que la séance ne dure qu'une demi-heure.

- Allez Lilou, on ne traine pas !

       Madame se fait prier. Comme tous les jours, elle ne veut pas rentrer. Ben oui, ses copines et ses copains trainent dehors toute la journée alors, pourquoi pas moi ? doit-elle se dire. Je suis obligée de la rattacher et de tirer pour lui faire traverser la rue.

       On est devant la porte. Comme elle ne veut plus avancer, je la détache. C'est alors que :

- Merde ! les clés... où sont les clés ?...

C'est malin, je n'ai plus qu'à retourner là-haut.

       Je m'en retourne donc, penaude, en regardant par terre. Lilou saute de joie comme un caniche.

Quoi ? une deuxième promenade, c'est trop cool.

J'arpente le replat du puy dans tous les sens, mais rien à faire, pas la moindre étincelle de clé.

J'ai dû mal regarder en bas, elles sont sûrement tombées devant la porte.

      Derechef, nous voici en bas. Toujours rien. Le revêtement goudronné est uniformément gris. Mais c'est que je commence à geler moi. Je suis partie avec une petite veste pour une courte promenade et la demi-heure du kiné est déjà passée à l'horloge de l'église.

Récapitulons : pas de clés de secours sur place chez un voisin ni caché quelque part, pas de téléphone ni aucun numéro en tête d'ailleurs, pas de clés de voiture non plus. La situation n'est pas brillante.

Si je dois attendre que mon ami Christian rentre du boulot à 15h et faire 2 km à pieds pour aller chercher mon double de clés chez lui, à La Roche Blanche, je ne vais même pas pouvoir aller travailler.  Rien à faire, il n'y a qu'une solution : retrouver celles que j'ai perdues !

      Et c'est parti pour une troisième promenade avec Lilou qui ressaute de joie.

- Arrête de faire le caniche, tu m'énerves ! C'est que je ne suis pas joyce et je me caille en plus.

     Une petite dame que je connais me rejoint avec sa chienne.

- Qu'est-ce qui vous arrive, vous avez perdu quelque chose ?

- Mais oui, mes clés !

- Oh la la, ma pauvre, je vais vous aider à chercher.

Et nous voilà toutes les deux, le nez par terre, dans un sens, dans l'autre. Nada !

- Mais je ne vais pas vous laisser dehors, à l'abandon, dans le froid. Ma chienne laissera bien rentrer la vôtre. Et si vous avez besoin, je vous prête ma voiture, il faut bien s’entraider entre voisins.

- Oh, vous êtes mignonne tout plein, je vous remercie beaucoup.

      À ce moment, sûre que je n'étais pas montée aussi haut mais ragaillardie par cette démonstration d'humanité, j'élargissais mon champ de recherches. 

- Regardez, elles sont là !

Elles trônaient au milieu du chemin, bien à la vue les coquines, arborant leur cœur rose marqué "petits plaisirs".

- Vous m'avez porté chance avec votre gentillesse, parce que là, je ne sais pas trop comment j'aurais fait.

- Je suis sûre que vous n'aurez jamais été aussi heureuse de rentrer dans votre maison.

- Certainement, et je crois même,  frigorifiée comme je suis, que je vais m'offrir un deuxième petit déjeuner.

   Quant à Lilou, elle n'avait rien compris du tout à cette histoire de clés et ne songeait qu'à profiter de son surcroit de liberté.

Et moi qui comptait sur son flair. Tu parles, Charles !

  * Ne pas oublier :

- laisser une clé quelque part

- retenir un numéro de téléphone par cœur,  au moins un  :-)

 

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