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Nous qui n'existons pas de Mélanie Fazi

Nous qui n’existons pas

Mélanie Fazi

Dystopia Édition

 

Mélanie Fazi est essentiellement connue comme une excellente nouvelliste dans le genre Fantastique. Lisez ses recueils de nouvelles et vous comprendrez comme elle sait artistement faire glisser la réalité vers l’insolite. Elle a d’ailleurs été lauréate du Grand Prix de l’Imaginaire pour son premier recueil Serpentine.

 

Cependant, rien de tel ici.

 

Nous qui n’existons pas est une non-fiction, un manifeste écrit à la première personne du singulier pour revendiquer sa différence, dire un trouble existentiel récurrent qui ne se trouve pas de nom. Même s’il est évoqué déjà, entre les lignes, dans ses histoires écrites sous l’étiquette « Étrange ». En effet, quoi de mieux que les genres de l’Imaginaire pour réinventer un monde où l’altérité est libérée de tout jugement de valeur.

 

Ce texte se lit d’une traite. Son absolue sincérité nous renvoie forcément à nos propres interrogations sur nous-même, à nos propres différences qui ne sont peut-être pas si épouvantables finalement, parce que partagées par d’autres qui tout comme nous se masquent, se cachent et ne se disent pas.

 

 

Le courage de se montrer enfin autre, de s’affirmer, d’exister et par là-même de faire exister ceux qui nous ressemblent… un acte auquel je rends hommage, infiniment. CB

Tout au milieu du monde

Julien Bétan, Mathieu Rivero, Melchior Ascaride

Les moutons électriques

 

Ce livre est né en 2017, mais il ne doit pas vous échapper.

Amouko est un vieux chamane. Celui de la tribu des Yervara. Il a accompli sa mission avec honnêteté et  constance bien que les visions n’aient pas toujours été au rendez-vous. Mais voici que les signes de mauvais augure se multiplient. La dent de la fertilité, vestige d’une race de géants, se dégrade elle aussi. L’ossuaire dont elle est issue, le site sacré des Nargar,  est situé sur le flanc du volcan. C’est loin, mais il faut entreprendre le voyage pour la remplacer par une dent saine.

C’est ainsi qu’Amouko, accompagné de son apprenti  Ushang et de la guerrière Soha, entreprend le voyage initiatique qui doit sauver la tribu des Yervara. 

La grande force de ce livre est d’allier le texte et les illustrations dans une proximité et une originalité stupéfiantes. La mise en page est une véritable œuvre d’art qui sublime le tout. Découpages bruts dans le noir, le rouge et le blanc, couleurs des origines. Formes simplifiées, comme dans les grottes préhistoriques. Alternance des périodes d’action et des zones floues du rêve, signes et animaux rituels : sanglier, daurade, renard, gros bec. Tout en s’inspirant des éléments de langage de la protohistoire, Melchior Ascaride a su créer sa propre symbolique dont les couleurs tranchées accentuent la force du texte puis viennent remplacer les mots à l’instant de la chute. Dans une interactivité bienvenue, c’est alors au tour du lecteur de faire son chemin à travers les couleurs, les formes et les signes pour interpréter ce qu’il advient. Rien n’est tout cuit, pas de complaisance dans cette quête qui évoque au passage le déclin de notre spiritualité et la décadence de notre civilisation.

Cet ouvrage qui a obtenu le prix Imaginales est le premier d’une collection de courts romans ou le graphiste garde une large part de créativité

 Longue vie à la Bibliothèque dessinée des Moutons électriques !

 

CB

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